Pierre
CONDAMINE
Chargé de campagne
surproduction ,
Les Amis de la Terre
Quelles ont été les avancées pour
réglementer l ’ industrie textile en 2025 ?
Pierre Condamine : Depuis deux ans ,
nous travaillons à l ’ adoption de la loi
contre la fast - fashion . Pour rappel ,
cette loi interdit la publicité pour une partie
des entreprises de la fast - fashion et pénalise
f inancièrement les marques qui incitent à la
surconsommation . Malgré un contexte de moins
en moins propice aux avancées sociales et
environnementales , l ’ année 2025 a vu quelques
étapes franchies pour l ’ adoption de cette loi : elle
a en ef fet passé la rude étape de l ’ adoption
( à l ’ unanimité ! ) au Sénat . Même si beaucoup
de zones d ’ ombre subsistent , notamment
le périmètre des marques concernées , cela
constitue une avancée considérable qui pourra
servir de modèle à l ’ international , une fois cette
loi adoptée .
Marie Véron : L ’ adoption et la mise en place
volontaire de l ’ af f ichage environnemental textile
en France constituent également un point
d ’ étape important : celui - ci permet d ’ évaluer
facilement l ’ impact environnemental des
vêtements , en prenant en compte l ’ incitation
à la consommation . Ainsi , une marque qui
multiplie les déclinaisons d ’ un même modèle
sera pénalisée plus fortement en ce que cette
abondance de choix encourage l ' achat . Nous
attendons la même chose pour les indicateurs
sociaux !
En quoi les enjeux environnementaux
et sociaux sont ils liés dans la lutte contre
la fast fashion
Pierre Lutter contre la fast fashion signif ie
lutter contre un système qui produit entre
100 et 150 milliards de vêtements chaque
année Produire aussi massivement aussi
rapidement pour vendre les produits à des prix
dérisoires ne peut se faire qu au détriment
de l environnemental et du social On ne peut pas
modeler produire acheminer puis vendre pour
quelques euros sans rogner sur les normes
environnementales et les conditions de travail
En somme lutter contre la fast fashion c est
lutter contre un modèle de surproduction dont
la performance économique optimale serait
limitée s il devait respecter les normes sociales
et environnementales
Marie : Alors que le législateur a fait
le choix de se concentrer uniquement sur
les enjeux environnementaux , la coalition
Stop Fast - Fashion porte un message global
et propose des solutions pour attaquer les
problèmes à la racine ( avant qu ’ ils s ’ enracinent ) .
Si on cherche à freiner la surproduction ,
il faut se rappeler que celle - ci n ’ est possible
que parce que des personnes sont exploitées
à l ’ autre bout du monde pour un salaire de
misère . La force de notre coalition est de penser
à toutes les problématiques qui traversent
le textile , depuis le champ de coton jusqu ’ à
la f in de vie du vêtement , pour proposer
des solutions véritablement transformatrices .
Quelles sont les plus belles victoires
de votre coalition ?
Pierre : Au - delà du maintien et du renforcement
d ’ une coalition sociale et environnementale
- ce qui n ’ est pas une petite victoire dans le
contexte actuel – , la continuité de la loi contre
la fast - fashion est probablement le plus grand
résultat obtenu . En 2025 , elle a fortement pâti
d ’ un Sénat conservateur à l ’ écoute des lobbys ,
mais nous n ’ avons pas baissé les bras et nous
avons interpellé et mobilisé sans relâche af in
qu ’ elle poursuive son parcours législatif . Et nous
continuerons en 2026 jusqu ’ à l ’ adoption f inale !
Marie VÉRON
Responsable de Plaidoyer
et Partenariats ,
Max Havelaar France
« Si on cherche à freiner la surproduction ,
il faut se rappeler que celle ci n est
possible que parce que des personnes
sont exploitées à l autre bout du monde
pour un salaire de misère
INTERVIEW CROISÉE
STOP FAST - FASHION :
LA FORCE D ’ UNE COALITION
POUR TENTER DE RÉGULER
LE SECTEUR TEXTILE
RAPPORT ANNUEL 2025 09